Une pratique qui mérite un débat public au Sénégal
De plus en plus de parents d’élèves s’interrogent sur une pratique qui tend à se banaliser dans certains établissements scolaires :

post l’imposition, directement ou indirectement, de l’achat de livres ou de collections d’ouvrages auprès de l’école ou par l’intermédiaire de celle-ci.

Le problème n’est évidemment pas l’achat des livres scolaires. Les manuels sont indispensables à l’apprentissage et peuvent contribuer à améliorer la qualité de l’enseignement. La véritable question est celle de la liberté de choix des parents, de la transparence des prix et de l’équité.

Quand le manuel scolaire devient une obligation commerciale

Dans certaines situations, des parents ont le sentiment qu’ils n’ont pas réellement le choix : une collection précise leur est imposée, parfois avec plusieurs ouvrages regroupés dans un « pack », et l’achat est présenté comme nécessaire pour que l’enfant puisse suivre correctement les cours.

Pour une famille ayant plusieurs enfants scolarisés, la facture peut rapidement devenir importante.

Or, lorsqu'un établissement demande aux parents d'acheter des ouvrages, plusieurs questions légitimes devraient être posées :

- Pourquoi cette collection plutôt qu'une autre ?
- Le parent peut-il acheter le même ouvrage chez un libraire de son choix ?
- Le prix proposé est-il clairement détaillé ?
- Existe-t-il une commission ou une marge commerciale liée à cette vente ?
- Les parents sont-ils informés de leurs droits et des conditions de vente ?
- Que se passe-t-il lorsqu'une famille n'a pas les moyens d'acheter immédiatement la collection ?

L'école doit rester un lieu d'éducation

L'établissement scolaire a pour mission première d'enseigner et d'accompagner les élèves. La vente de livres ne devrait pas créer une relation de dépendance commerciale entre l'école et les familles.

Lorsqu'un établissement recommande un manuel, cela peut parfaitement se comprendre. Mais entre recommander un ouvrage pédagogique et imposer son achat par l'intermédiaire de l'établissement, il existe une différence importante.

Le parent devrait pouvoir connaître précisément le besoin pédagogique et, lorsque cela est possible, disposer d'une réelle liberté pour se procurer le manuel.

Une question de pouvoir d'achat

Dans un contexte où de nombreuses familles doivent déjà supporter les frais de scolarité, de transport, d'uniformes, de fournitures, de cantine et d'autres dépenses liées à l'éducation, chaque dépense supplémentaire doit être examinée avec attention.

L'accumulation de petites obligations peut représenter une charge considérable pour les ménages.

Il serait donc souhaitable que les établissements privilégient la transparence, en communiquant clairement :

la liste exacte des livres nécessaires ;

le prix unitaire de chaque ouvrage ;

le caractère obligatoire ou recommandé de chaque livre ;

les possibilités d'achat auprès d'autres librairies ou fournisseurs, lorsqu'elles existent ;

les solutions prévues pour les familles rencontrant des difficultés financières.

Le débat ne doit pas opposer les écoles aux libraires

Il ne s'agit pas de remettre en cause le travail des enseignants, des établissements ou des éditeurs. Les libraires et distributeurs jouent également un rôle important dans l'accès aux ouvrages scolaires.

Mais le marché du livre scolaire doit fonctionner dans un cadre qui protège à la fois les familles, les établissements, les enseignants, les libraires et les éditeurs.

La question centrale est simple : l'école doit-elle être un prescripteur pédagogique ou devenir également un point de vente obligatoire ?

Pour une plus grande transparence

Une réflexion collective pourrait être engagée entre les autorités éducatives, les associations de parents d'élèves, les établissements scolaires, les libraires et les éditeurs afin de définir des règles claires.

Les parents doivent pouvoir comprendre ce qu'ils paient et pourquoi ils le paient.

L'éducation est un droit fondamental. Elle ne devrait pas devenir, pour les familles, une succession d'obligations commerciales difficiles à comprendre ou à contester.

Le débat mérite donc d'être ouvert, sereinement et publiquement : comment garantir aux élèves les meilleurs outils pédagogiques tout en protégeant les parents contre toute vente qui serait imposée sans véritable liberté de choix ?

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Par Mamadou Dia
Directeur general
Intercontinental de negoce

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