La France, le Sénégal et les Cheikhs de l’Islam
Déclaration stratégique vers un nouvel horizon
Préambule
Dans les moments de grandes mutations de l’histoire de l’humanité, les
déclarations ne sont pas de simples textes éphémères, mais l’expression d’une
conscience collective en formation, et d’une volonté historique cherchant sa
voie au milieu de la complexité du réel.
Ce document n’est ni une simple analyse du passé, ni une description du
présent, mais un appel explicite à reconstruire le sens, à reprendre l’initiative et
à fonder un nouveau projet civilisationnel.
L’Islam et l’histoire – de la fondation aux enjeux contemporains
L’Islam est né au VIIe siècle dans un monde dominé par de grandes puissances
impériales se partageant l’influence et les ressources. Toutefois, cette religion
ne fut pas uniquement un phénomène spirituel, mais un projet civilisationnel
ayant profondément reconfiguré les équilibres du pouvoir, en ouvrant une
nouvelle perspective dans la relation entre l’homme et l’autorité, entre la foi et
l’organisation sociale.
En moins d’un siècle, la carte du monde s’est transformée, non pas uniquement
par la force militaire, mais grâce à un système de valeurs fondé sur l’unicité, la
justice et la responsabilité.
Cependant, l’histoire n’a jamais suivi une ligne rectiligne : elle a connu divisions
et conflits, et une dualité s’est installée entre pouvoir religieux et pouvoir
politique, atteignant son paroxysme en Occident lorsque les royaumes furent
soumis à l’autorité de l’institution papale.
L’Afrique et les Cheikhs de l’Islam – la souveraineté avant l’État
– , 1)
Lorsque les Européens arrivèrent en Afrique, ils ne pénétrèrent pas dans un
espace vide, mais dans un monde structuré, régi par des référents religieux et
sociaux profondément enracinés.
Les terres et les richesses étaient sous la supervision des Cheikhs de l’Islam, qui
n’étaient pas de simples figures spirituelles, mais de véritables autorités
souveraines incarnant la conscience des sociétés.
Ces figures ont constitué la première ligne de défense de la dignité et de la
souveraineté. Elles furent à la fois partenaires et, parfois, adversaires du projet
colonial. Parmi ces grandes figures historiques : El Hadj Omar Tall, El Hadj
Malick Sy et Cheikh Ahmadou Bamba, qui n’ont pas seulement fondé des voies
spirituelles, mais également élaboré une vision globale de la liberté, de la
dignité et de l’autonomie.
Ces référents religieux ont contribué, directement ou indirectement, à préparer
les conditions de l’indépendance et à façonner le moment historique ayant
conduit à la naissance des États nationaux en Afrique de l’Ouest.
Indépendance et ambiguïté – de la libération à la recomposition de la
domination
L’indépendance n’a pas marqué la fin du combat, mais le début d’une phase
plus complexe. Les États nationaux sont nés dans un contexte international
déséquilibré, où de nouvelles formes de domination ont persisté sous les
appellations de coopération et de partenariat.
Cela a engendré des systèmes politiques caractérisés par une dissociation
progressive entre l’État et la société, entre le discours officiel et les aspirations
populaires.
Un conflit latent – parfois manifeste – s’est également développé entre une
référence religieuse fondée sur les valeurs et une référence politique guidée
par les intérêts.
Le nouvel ordre géopolitique – un monde au bord de la
transformation
Le monde traverse aujourd’hui une profonde instabilité liée à un déséquilibre
des grandes puissances. Le modèle occidental fondé sur la surconsommation et
l’épuisement des ressources a atteint ses limites et menace désormais la
durabilité de la vie sur Terre.
Parallèlement, un nouvel ordre mondial multipolaire émerge, marqué par la
rivalité entre grandes puissances, tandis que l’humanité reste prise en otage
dans des conflits qui ne servent pas son avenir.
Les guerres, les crises environnementales et les inégalités économiques ne sont
que les symptômes d’une crise plus profonde : une crise de sens et de modèle
civilisationnel.
L’Afrique – une opportunité historique
Dans ce contexte de transformation, l’Afrique se trouve face à une opportunité
rare. Elle n’est pas seulement un terrain de confrontation entre puissances,
mais peut devenir un acteur central dans la construction du futur.
Le continent dispose de ressources naturelles, d’un capital humain et d’un
héritage spirituel lui permettant de proposer un modèle alternatif fondé sur
l’équilibre entre matière et sens, entre développement et justice, entre
l’homme et la nature.
Cependant, saisir cette opportunité exige une conscience stratégique, une
volonté politique indépendante et un projet civilisationnel clair.
Les Nations Unies – entre mission et défi
Le système international doit être redéfini. Les institutions internationales, en
particulier les Nations Unies, doivent évoluer d’un simple cadre de compromis
politiques vers une autorité morale capable de réguler les relations
internationales et de garantir la justice.
Dans ce contexte, la représentation de l’Afrique au sommet de ces institutions
n’est pas symbolique, mais une nécessité historique pour rétablir l’équilibre
mondial.
Il est désormais évident que le système onusien, conçu il y a près d’un siècle, a
atteint ses limites. Sa refondation est indispensable afin de réorienter les
priorités vers la construction de la paix plutôt que la course aux armements.
Le Sénégal – l’heure de vérité
Le Sénégal traverse aujourd’hui une profonde inquiétude, non pas par manque
de ressources ou de capacités humaines, mais en raison de l’écart croissant
entre les potentialités et la gouvernance.
Le peuple sénégalais est fatigué des promesses non tenues, des discours non
suivis d’actions, et des politiques fondées sur le report plutôt que sur la
responsabilité.
Le danger majeur n’est pas seulement la pauvreté, mais la perte de confiance :
Perte de confiance dans le discours politique
Perte de confiance dans la sincérité des engagements
Perte de confiance dans la capacité de l’État à garantir l’équité
La crise du leadership
Le véritable problème réside dans une mauvaise compréhension du leadership.
Le leadership n’est pas une position, mais une responsabilité.
Il n’est pas un pouvoir, mais un dépôt.
Il n’est pas une domination, mais un service.
Il repose sur :
La dignité dans la relation avec le peuple
Le courage dans la prise de décision
La détermination face aux défis
La persévérance dans la réalisation de l’intérêt national
L’espoir demeure
Le peuple sénégalais porte en lui une volonté réelle de renaissance :
Une jeunesse en quête de sens et de rôle
Des femmes revendiquant justice et participation
Une société vivante refusant la résignation
Cette volonté constitue la véritable richesse sur laquelle peut se bâtir une
nouvelle renaissance.
Appel à la nation – vers un nouveau bloc historique
Face aux défis, les réformes partielles ne suffisent plus. Une refondation
globale du projet national est nécessaire.
Nous appelons à la construction d’un nouveau bloc historique réunissant :
Les forces sociales vives
Les référents éthiques et spirituels
Les compétences nationales indépendantes
Un bloc dépassant les clivages partisans pour réorienter l’État vers le service de
l’homme.
Notre projet – la reconstruction
Notre projet repose sur trois piliers fondamentaux :
Restaurer les valeurs : intégrer l’éthique dans l’action politique
Réaliser la justice sociale : garantir dignité et opportunités pour tous
Construire une souveraineté réelle : assurer l’indépendance décisionnelle
Conclusion – de la déclaration à l’action
Ce document n’est pas une fin, mais un commencement. Il appelle à :
La lucidité dans la réflexion
La sincérité dans l’engagement
La volonté dans l’action
L’histoire ne favorise ni les hésitants ni les passifs. Les nations qui n’écrivent
pas leur avenir se le voient imposé.
Soyons de ceux qui écrivent l’histoire… et non de ceux à qui elle est imposée.
Le Président de l’Association SAMM SUNU SENEGAAL
Cheikhou Oumar Sall
18 avril 2026
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Kaw Oumar Sarr