Confondre la maîtrise d'une langue avec l'intelligence ou la compétence d'une personne est un réflexe courant — et pourtant trompeur.

post À RACE, à Mbour, un exemple très concret montre à quel point ce débat est un faux problème : la langue n'est qu'un canal de communication, jamais une mesure de la valeur d'un travail bien fait. Il existe une confusion tenace, entretenue souvent sans mauvaise intention : celle qui consiste à confondre la maîtrise d'une langue avec le niveau d'intelligence ou de compétence d'une personne. Cette confusion mérite d'être clarifiée, car elle a des conséquences réelles sur la façon dont on juge, on exclut ou on valorise les individus.

Il faut d'abord poser une exigence : parler et écrire correctement une langue reste utile, et personne ne le nie. Mais la facilité avec laquelle quelqu'un s'exprime dans une langue donnée peut tromper. Elle peut donner l'illusion de la compétence là où il n'y en a pas, et masquer la compétence là où elle existe réellement mais s'exprime autrement. Chaque enfant n'a pas eu les mêmes chances face à l'apprentissage des langues : l'accès à l'école, la langue parlée à la maison, les moyens de la famille, la qualité de l'enseignement reçu, tout cela varie énormément d'un enfant à l'autre. Juger la valeur intellectuelle de quelqu'un à travers son aisance linguistique, c'est donc souvent juger son parcours socio-économique plutôt que son intelligence. Une langue n'est qu'un canal de communication, un outil parmi d'autres pour faire circuler une pensée. Elle n'est pas la pensée elle-même. Et aucun être humain sur cette terre ne maîtrise toutes les langues et tous les dialectes du monde.

Personne. C'est là tout l'intérêt de prendre un peu de recul : imaginons que, du jour au lendemain, on décide que la langue nationale du Sénégal devienne le russe. Est-ce que ceux qui ne parlent pas russes deviendront parfois incompétents ? Bien sûr que non. Leurs connaissances, leur savoir-faire, leur intelligence restaient exactement les mêmes. Ce qui changerait, c'est simplement le canal par lequel ils devraient s'exprimer. Et c'est précisément pour cela que le métier d'interprète existe et à toute sa pertinence : il permet de faire circuler une pensée compétente au-delà des frontières de la langue dans laquelle elle est née.

UN EXEMPLE CONCRET, CHEZ NOUS

Nous en avons d'ailleurs un exemple très concret au sein de notre équipe, à RACE Un de nos ouvriers agricoles ne comprend et ne s'exprime qu'en Poular avancé — il ne parle ni français ni wolof. Cela ne l'a pourtant jamais empêché d'accomplir son travail sur le terrain avec sérieux, précision et une réelle compétence. La solution que nous avons adoptée n'a pas été de remettre en cause sa valeur professionnelle à cause de la langue : elle a été toute simple. Son frère, qui parle populaire et français, assure aujourd'hui le rôle d'interprète entre lui et le reste de l'équipe. Ce cas illustre parfaitement notre proposition : la compétence de cet ouvrier n'a jamais été en cause — seul le canal de communication devait être adapté.

C'est donc, au fond, un faux débat. Quelqu'un peut très bien s'exprimer dans un français impeccable tout en manquant cruellement de compétence sur le fond. Et à l'inverse, quelqu'un peut écrire avec des fautes d'orthographe et de grammaire tout en étant loin d'être incompétent, en portant des idées solides, une expertise réelle, une capacité d'analyse pertinente. La forme n'est pas le fond. La langue ne doit jamais devenir un blocage lorsqu'elle s'agit de communiquer avec une population.

Chacun devrait pouvoir choisir le canal dans lequel il s’envoie le plus à l'aise, puis faire traduire ou interpréter son discours pour élargir la portée de son message. C'est exactement ce que font les grands dirigeants du monde : le président des États-Unis s'exprime dans sa langue, le président russe dans la sienne, les dirigeants chinois dans la leur, et ainsi de suite. Personne ne leur reproche de ne pas parler la langue de l'autre, parce que ce n'est pas leur maîtrise linguistique qui définit leur légitimité ou leur compétence, mais bien la pertinence de ce qu'ils ont à dire. Il est donc temps de lever ces barrières artificielles. Compétence et aptitude à parler une langue donnée sont deux choses distinctes, et il faut cesser de les confondre.

SARR Mamadou, PDG R.A.C.E
(Recyclage Agriculture Commerce Elevage) Mbour, Site web : race-senegal.sn

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SARR Mamadou, PDG R.A.C.E
(Recyclage Agriculture Commerce Elevage) Mbour, Site web : race-senegal.sn

L'INTELLIGENCE ET LA COMPETENCE NE SE MESURENT PAS A LA MAITRISE D'UNE LANGUE