Bonjour Professeur. Alors que vous séjournez à Fès, au Maroc, l’Université Iba Der Thiam de Thiès traverse une période de fortes tensions. Dans un communiqué, la section SAES de l’UIDT a décrété une grève de 72 heures, renouvelable, à compter de ce jeudi 5 novembre 2026.
Elle a également convoqué une Assemblée générale le lundi 9 novembre pour évaluer la situation. En votre qualité de professeur titulaire, d’ambassadeur de la paix, de membre du Comité de dialogue social et de doyen par l’ancienneté de l’UIDT, quelles pistes proposez-vous pour sortir de cette crise ?
Professeur Salif GAYE : Bonjour. Je suis cette situation avec une grande préoccupation. Je m’exprime dans un esprit de médiation, à titre personnel et sans prétendre parler au nom du Rectorat, du SAES ou du Conseil d’administration. Il faut entendre les préoccupations exprimées, permettre à l’administration d’apporter ses éléments et rechercher des décisions concrètes, sans préjuger des responsabilités.
Journaliste : Le SAES dénonce notamment l’annexe jointe aux arrêtés de recrutement, les règles de calcul des heures complémentaires et la réaffectation des crédits de personnel. Que pourrait faire le Conseil d’administration dès sa réunion de demain ?
Professeur Salif GAYE : Il peut décider d’une méthode de travail immédiate, assortie de délais. Pour les crédits correspondant aux 79 postes budgétaires évoqués par le SAES, dont 29 liés au départ de l’ENSA selon son communiqué, le Rectorat et l’Agent comptable pourraient présenter un état détaillé : crédits reçus, dépenses engagées ou payées, arriérés justifiés et solde réellement disponible.
Le communiqué affirme qu’une proposition de réaffectation a déjà été rejetée par le Conseil d’administration. Avant de soumettre une nouvelle proposition, il serait donc utile de préciser ce qui avait été présenté, les motifs du rejet et les données financières disponibles.
Sur cette base, le Conseil pourrait examiner le principe de donner priorité au paiement des créances vérifiées — vacations, heures complémentaires, IPT et cotisations dues au FNR — dans la limite des crédits régulièrement disponibles. Le Rectorat préparerait, avec l’Agent comptable, une décision budgétaire et un échéancier soumis aux approbations requises avant leur mise en œuvre.
Journaliste : Le reliquat pourrait-il être consacré à l’amélioration des infrastructures ?
Professeur Salif GAYE : Cette possibilité peut être étudiée si un reliquat est effectivement établi après vérification des engagements et des dettes. La nature des crédits et les conditions de leur transfert doivent d’abord être clarifiées par écrit avec les services financiers et les tutelles compétentes. Toute décision d’investissement devrait ensuite suivre les approbations applicables.
Si cette option est autorisée, les investissements devraient être choisis en concertation et répondre à des besoins clairement établis : salles pédagogiques, bureaux pour les enseignants, équipements ou autres infrastructures indispensables. Il s’agit de rechercher une affectation régulière, transparente et utile à l’université.
Journaliste : Le communiqué évoque aussi des préoccupations relatives à la transparence financière. Comment rétablir la confiance ?
Professeur Salif GAYE : La confiance ne peut revenir que si les éléments sont accessibles et vérifiables. Pour le domaine agricole, le Conseil d’administration pourrait examiner un bilan comprenant les recettes encaissées, les versements effectués, les dépenses et les investissements réalisés, avec les pièces justificatives correspondantes. Si des questions subsistent, le comité d’audit du Conseil pourrait être chargé d’examiner les opérations et de présenter ses conclusions dans un délai fixé.
La même exigence de clarté devrait s’appliquer aux crédits de personnel : il faut pouvoir rapprocher les montants annoncés des crédits reçus, engagés, payés et disponibles.
Journaliste : Comment traiter les contestations portant sur l’annexe aux arrêtés et les heures complémentaires ?
Professeur Salif GAYE : Les aspects académiques et pédagogiques de l’annexe pourraient être soumis rapidement au Conseil académique pour examen et éventuel amendement. Une vérification juridique devrait ensuite être faite par les services compétents, afin que toute modification soit prise par l’autorité habilitée.
Pour les heures complémentaires et supplémentaires, il faudrait établir des règles écrites et communes, puis examiner les situations contestées une par une : heures effectuées, heures reconnues, motifs de rejet et sommes éventuellement dues. Les enseignants concernés doivent pouvoir comprendre les décisions qui les concernent.
Journaliste : Le SAES mentionne également le déficit d’infrastructures et les engagements liés à la nouvelle UFR Sciences agronomiques. Faut-il intégrer ces questions à la médiation ?
Professeur Salif GAYE : Oui. La médiation doit traiter les préoccupations qui ont conduit à la crise, pas seulement les questions budgétaires. Le Conseil pourrait établir un tableau de suivi précisant les engagements pris pour la nouvelle UFR, les infrastructures prioritaires, les responsables de leur mise en œuvre et les échéances. Les questions relatives aux responsables de filière devraient aussi être examinées dans le cadre prévu par les textes.
Journaliste : Que peut-on attendre du Comité de dialogue social et des tutelles ?
Professeur Salif GAYE : Le Comité peut faciliter le dialogue et suivre l’exécution des engagements, tandis que les décisions doivent être prises par les instances compétentes. Je propose que le Conseil d’administration consigne demain les mesures retenues, les documents à produire, les responsables désignés et les délais. Les tutelles pourraient accompagner rapidement les démarches qui relèvent de leur compétence.
J’invite également les parties à convenir d’engagements réciproques : une communication rapide des documents et des échéances par l’administration, et un examen par le SAES des avancées lors de son Assemblée générale du lundi 9 novembre. L’objectif commun devrait être de préserver la continuité des enseignements pendant que les dossiers sont examinés.
Depuis Fès, je formule ces propositions dans un esprit de responsabilité et de paix. Un dialogue appuyé sur des documents vérifiables, des décisions précises et un calendrier suivi peut contribuer à restaurer la confiance au sein de l’UIDT.
Pr. Salif GAYE,
Professeur titulaire de Classe Exceptionnelle à la retraite
Membre du Comité de Dialogue social de l’UIDT de Thiès
Ambassadeur de la Paix GPPI, Sénégal
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Kaw Oumar Sarr